mardi, 10 avril 2007
Edifiant!
Nicolas Sarkozy et Michel Onfray - CONFIDENCES ENTRE ENNEMIS
D'un côté, un philosophe athée, antilibéral, hédoniste et libertaire. De l'autre, un candidat à la présidentielle n'hésitant pas à remettre en cause la loi sur la séparation de l'Église et de l'État, un ministre de l'Intérieur rêvant au rétablissement de l'autorité. À notre initiative, les deux hommes se sont rencontrés. On s'attendait à un choc frontal, il a été question de la croyance, du mal, de la liberté, de la transgression.
Propos recueillis par Alexandre Lacroix et Nicolas Truong / Photographies de Frédéric Poletti
(...)
Nicolas Sarkozy : Je me suis rendu récemment à la prison pour femmes de Rennes. J'ai demandé à rencontrer une détenue qui purgeait une lourde peine. Cette femme-là m'a parue tout à fait normale. Si on lui avait dit dans sa jeunesse qu'un jour, elle tuerait son mari, elle aurait protesté : « Mais ça va pas, non ! » Et pourtant, elle l'a fait.
Michel Onfray : Qu'en concluez-vous ?
N. S. : Que l'être humain peut être dangereux. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons tant besoin de la culture, de la civilisation. Il n'y a pas d'un côté des individus dangereux et de l'autre des innocents. Non, chaque homme est en lui-même porteur de beaucoup d'innocence et de dangers.
M. O. : Je ne suis pas rousseauiste et ne soutiendrais pas que l'homme est naturellement bon. À mon sens, on ne naît ni bon ni mauvais.
On le devient, car ce sont les circonstances qui fabriquent l'homme.
N. S. : Mais que faites-vous de nos choix, de la liberté de chacun ?
M. O. : Je ne leur donnerais pas une importance exagérée. Il y a beaucoup de choses que nous ne choisissons pas. Vous n'avez pas choisi votre sexualité parmi plusieurs formules, par exemple. Un pédophile non plus. Il n'a pas décidé un beau matin, parmi toutes les orientations sexuelles possibles, d'être attiré par les enfants. Pour autant, on ne naît pas homosexuel, ni hétérosexuel, ni pédophile. Je pense que nous sommes façonnés, non pas par nos gènes, mais par notre environnement, par les conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons.
N. S. : Je ne suis pas d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense.
M. O. : Puisque notre entrevue touche à sa fin, je voudrais vous offrir quelques cadeaux utiles avant que nous nous quittions.
[Michel Onfray tend à Nicolas Sarkozy ses
quatre paquets.]
N. S. [amusé] : Vous croyez que ma situation est si grave ?
[Nicolas Sarkozy déballe ses livres tandis que Michel Onfray commente ses choix.]
M. O. : Totem et Tabou, je vous l'offre parce que Sigmund Freud y traite du meurtre du père et de l'exercice du pouvoir dans la horde. L'Antéchrist de Friedrich Nietzsche, pour la question de la religion, la critique radicale de la morale chrétienne à vous qui, parfois, allez à la messe en famille. Michel Foucault, c'est une lecture que je recommande plus particulièrement au ministre de l'Intérieur, adepte des solutions disciplinaires. Dans Surveiller et punir, Michel Foucault analyse le rôle du système carcéral et de l'emprisonnement, puis de leur relation avec la norme libérale. Pierre-Joseph Proudhon, enfin, car il montre qu'on peut ne pas être libéral sans pour autant être communiste.
N. S. : Ai-je prétendu une chose pareille ?
M. O. [se référant à ses notes] : Oui, dans votre livre Témoignage, page 237 : « Le communisme, l'autre mot de l'antilibéralisme ».
N. S. : Vous, vous êtes communiste ?
M. O. : Ni communiste ni libéral. Je pense qu'il y a des options, notamment libertaires, de gestion du capital qui sont intéressantes et qui reposent sur la coopération, la mutualité,
le contrat, la fédération ou les crédits populaires. Proudhon est un auteur qu'on lit peu aujourd'hui, et souvent mal.
N. S. : Donc, ça vous intéresse, la complexité ?
M. O. : Bien sûr ! Il vaut mieux qu'on finisse sur un
éloge de la complexité que sur le braquage idéologique
de la première demie-heure...
(...)
14:25 Publié dans Ce qu'il dit, Interventions, Sarkozy, Société, UMP | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Onfray, philosophie
lundi, 02 avril 2007
Ségolène répond aux patrons
"Voilà la Ségo que j'aime" m'écrivait hier un ami un temps tenté par le vote Bayrouïste. Dans le corps de son mail, un simple lien vers l'article suivant, où Ségolène répond aux questions de patron pour le magazine Challenge.
Bruno Van Ryb, P-DG D’Avanquest, Anne Binder, P-DG de Paperflow, Christophe Cremer, P-DG de Meilleurtaux.com, Hélène Darroze, gérante et Chef du restaurant Hélène Darroze, Paul José Colonna Cesari (Etablissements Colonna Cesari), Joël Pétillon, président du directoire de Kindy, Alain Fribourg (Dirigeants et investisseurs) , Mathilde Thomas, fondatrice de Caudalie .... interpèle la candidate sur son pacte, sur la politique qu'elle souhaite mener dès son élection.
Bruno Van Ryb, P-DG D’Avanquest: Comparé à d’autres partis socialistes européens, le PS français n’a jamais fait une vraie révision idéologique. Finalement, êtes-vous êtes pour ou contre l’économie de marché ? Et au delà, êtes-vous d’accord pour dire qu’il faut créer d’abord des richesses avant de les distribuer et donc que le profit c’est tout simplement nécessaire, voire vertueux ?
- Ségolène Royal: Sur le premier point, bien évidemment, je suis pour l’économie de marché. Je dirais même que dans certains secteurs, elle ne fonctionne pas suffisamment. Je crois en effet qu’il y a des pans de notre économie qui sont beaucoup trop concentrés. C’est vrai dans la grande distribution, ce qui provoque un écrasement des fournisseurs ou des industriels. C’est vrai aussi dans le système bancaire. Dans d’autres pays, il y a davantage de concurrence entre les banques, ce qui fait sans doute qu’elles remplissent davantage leurs responsabilités à l’égard des PME. Nous sommes aujourd’hui même dans une situation à l’envers où moi, en tant que présidente de région, je suis obligée de prêter à la place des banques. Ce n’est pas le rôle de la région et ce n’est pas le rôle des contribuables.
Donc oui à l’économie de marché, mais si elle est régulée. La compétitivité, la concurrence doivent être créatrices de richesse à condition que des règles soient posées. Je pense par exemple que l’Europe doit se protéger davantage. C’était longtemps un tabou, mais face aux délocalisations, la question se pose avec acuité.
Challenges: Et sur la deuxième question des profits, n’avez-vous pas dit à Villepinte: "le règne sans fin du profit est intolérable" ?
- S.R. : Sur ce sujet, je voudrais faire plusieurs réflexions. Ce qui me frappe dans notre pays, c’est que lorsque l’on entend parler des entreprises, c’est toujours quand elles se comportent mal. Qu’attendent les patrons mais aussi les pouvoirs publics pour remédier à cet état de fait? En tout cas, je suis prête à défendre l’image de marque des entreprises. Je crois que ce qui ne va pas aujourd’hui c’est le discours monocolore à propos de l’entreprise. On ne met en avant que les mauvais comportements comme les parachutes dorés, les superprofits quand ils sont mal distribués ou les patrons qui mettent la clef sous la porte sans aucun respect pour les salariés. Le résultat, c’est que les autres entreprises ont beaucoup de mal à se faire voir, à se faire entendre et à montrer que le tissu économique de la France, c’est autre chose que le comportement réellement scandaleux d’un certain nombre de chefs d’entreprises. C’est là une bataille d’image qui, je pense, est très importante. Lorsque je dis que je veux réconcilier la France avec les entreprises, je pense essentiellement à cela. Quant aux profits, ils sont nécessaires. Il faut sortir de l’idéologie punitive du profit. Mais il faut voir à quoi ils ont utilisés. Mon discours est extrêmement clair: je veux que les entrepreneurs aient envie de réussir.
Anne Binder, P-DG de Paperflow: Comment comptez-vous encourager le risque pris par l’entrepreneur ?
- S.R. : Je veux que le talent soit récompensé, que le travail et la dynamique économique le soient aussi. Je souhaite réconcilier la France avec l’esprit d’entreprise, que l’on renoue avec le goût du risque. Dans un sondage récent, j’ai lu que les jeunes diplômés des grandes écoles souhaitent en majorité trouver un emploi dans un grand groupe, alors qu’aux Etats-Unis, ils préfèrent créer leur entreprise. Je voudrais que la proportion s’inverse. C’est un état d’esprit à changer en profondeur. Il n’est pas honteux de gagner de l’argent! Je suis même prête à dire aux entrepreneurs : "il n’y a pas de honte à dégager des bénéfices, à augmenter ses revenus". Tout le monde a envie de vivre mieux et donc d’augmenter ses revenus. Mais il y a deux conditions à cela. Il faut d’abord que cet argent soit honnêtement gagné. Il faut ensuite qu’il soit correctement redistribué. Je souhaite ainsi moduler le taux de l’impôt sur les sociétés pour les inciter réinvestir les profits, notamment dans le domaine de la recherche. Et si les entreprises s’enrichissent, à condition qu’elles ne le fassent pas aux dépens de l’emploi, c’est la France qui s’enrichit.
Christophe Cremer, P-DG de Meilleurtaux.com: Et pourtant, trois de mes amis entrepreneurs sont partis à l’étranger en raison de l’ISF, après avoir beaucoup investi…
- S.R. : Partout, il existe des impôts sur le patrimoine. Et je vous ferai observer que sans doute vos amis reviendront en France, pour se faire soigner dans nos hôpitaux ou inscrire leurs enfants dans les classes préparatoires des grands lycées français. S’ils font le compte de ce qu’ils vont payer en impôts s’ils restent, et de ce dont ils bénéficient en France grâce aux services publics gratuits, ils ne sont pas perdants. Ces services publics, il faut bien les financer.
Hélène Darroze, gérante et Chef du restaurant Hélène Darroze: Sans parler d’ISF, les charges sociales et la TVA sont très élevées.
- S.R. : Il vaudrait mieux que le travail soit moins taxé que le capital. Si on se plaint à la fois des cotisations sur le travail et de l’ISF, où trouve-t-on les recettes pour financer le fonctionnement de la société? Ce qu’il faudrait remettre à plat, c’est le sort plus difficile réservé aux entreprises de main d’œuvre qui contribuent davantage que celles utilisant beaucoup de capital au financement de notre protection sociale.
Challenges: Que pensez vous de la piste TVA sociale?
- S.R. : Je n’ai pas de tabou. Mais chaque hypothèse a ses inconvénients. La TVA est un impôt injuste, car il n’est pas progressif. Et si on augmente la TVA, on augmente aussi les prix. Il sera intéressant d’analyser de près ce qui se passe en Allemagne, qui a eu recours à la TVA sociale, pour savoir comment les équilibres économiques et sociaux ont été modifiés par cette mesure.
Ce que je veux avant tout, c’est que les entreprises bénéficient de règles stables pendant cinq ans. Je me donnerai jusqu’au mois de décembre pour faire en sorte que les règles sociales et fiscales soient correctement négociées. C’est un temps suffisant pour le dialogue entre partenaires, pour faire émerger des solutions d’équilibre.
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08:30 Publié dans Ce qu'elle dit, Interventions, Pacte Présidentiel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ségolène Royal, Economie, Patrons, Challenge


