vendredi, 11 mai 2007

Un soupçon d'état pour Boloré

Comme souvent, tout est dans les mots. En affirmant, mercredi, pour désamorcer l'«affaire» Sarkozy, qu'il n'avait «jamais eu aucune relation commerciale avec l'Etat français», Vincent Bolloré a clairement eu une formulation malheureuse. Idem pour Nicolas Sarkozy, qui notait que Bolloré n'avait «jamais travaillé avec l'Etat». Dès hier, le site satirique bakchich.info s'empressait de rectifier le tir en listant les contrats entre le groupe du milliardaire et l'Etat, avec renvoi sur le site des Journaux officiels. Et force est de constater qu'il existe bien des liens entre l'Etat et Bolloré. Peu de chose, certes, mais des liens. D'abord, le groupe Bolloré est actionnaire de la Société française de production (SFP), qui bénéficie de commandes publiques. Ensuite, SDV, filiale logistique du groupe, a obtenu le 10 août 2006 l'attribution du marché du «traitement de la valise diplomatique fret» par le ministère des Affaires étrangères, un marché modeste (1,4 à 5,6 millions d'euros sur quatre ans) mais symbolique, puisqu'il s'agit de transporter le courrier entre Paris et ses représentations. SDV s'est aussi vu attribuer le 17 juin 2005 le «transport de fret par voie aérienne commerciale pour le compte du ministère de la Défense», d'une valeur de 36 millions d'euros sur quatre ans. Pour autant, le groupe ne dépend pas des commandes de l'Etat, si l'on rapporte ces contrats au chiffre d'affaires du groupe, de l'ordre de 6 milliards d'euros. Un chiffre réalisé aux deux tiers à l'étranger grâce, entre autres, à certains marchés publics, notamment africains. C'est là que le trouble réside.
Libération.fr

Contrairement aux affirmations de son patron et de Nicolas Sarkozy, le groupe a bénéficié de plusieurs marchés publics. De «petits contrats», minimise-t-on dans l’entourage de Bolloré.

Vincent Bolloré l’avait affirmé après la polémique née du prêt de son yacht au futur chef de l’Etat : son groupe n’a «jamais eu aucune relation commerciale avec l'Etat français». Une affirmation également relayée par Nicolas Sarkozy, pour qui le patron français «n'a jamais travaillé avec l'Etat».
A lire le Journal Officiel, la réalité est quelque peu différente. Il suffit d’une petite recherche sur son site web pour retrouver trace d’au moins deux marchés publics attribués au groupe ces dernières années.
Un premier marché «sensible», celui du traitement de la valise diplomatique «fret» du ministère des Affaires étrangères, est attribué le 10 août 2006 à SDV, une société de logistique, filiale du groupe Bolloré. Montant du marché : 1,4 à 5,6 millions d’euros hors taxes, «pour une durée de 48 mois».
Un autre marché est passé le 17 juin 2005 entre la même société SDV et le ministère de la Défense. Il s’agissait cette fois d’un «transport de fret par voie aérienne commerciale», pour un montant de 36 millions d’euros hors taxes.
lefigaro.fr

vendredi, 04 mai 2007

Il est possible de remplacer des douaniers par des infirmières

Est-il possible de ne pas remplacer des douaniers qui partent à la retraite et augmenter, en lieu et place, le nombre d’infirmières, comme l’a suggéré lors du débat Ségolène Royal ? Non, avait répondu Nicolas Sarkozy «parce que la fonction publique hospitalière, c’est payé par un autre budget que le budget de l’Etat» et qu’on ne peut pas «redéployer (les fonds) entre l’Etat et l’assurance-maladie».

«Il est vrai que la fonction publique hospitalière est payée par l’assurance-maladie, contrairement à la fonction publique d’Etat et à la fonction publique territoriale», souligne Martine Bellanger, économiste à l’Ecole Nationale de la Santé Publique (ENSP) de Rennes. Qui rappelle que l’assurance-maladie, elle-même, est financée par les cotisations sociales et la CSG. Nicolas Sarkozy aurait-il donc raison ?

L’Etat a son mot à dire

«Non, il a tort, répond Jean-Marie André, lui aussi économiste à l’ENSP et spécialiste de l’Assurance-maladie. Dans le cadre de la loi annuelle de financement de la Sécurité sociale, l’Etat peut décider d’augmenter les dotations à l’Assurance-maladie via une augmentation de ce qu’on appelle les «contributions publiques». Celles-ci, comme les taxes sur l’alcool, le tabac ou la taxe de solidarité sur les sociétés, contribuent marginalement au financement de l’assurance-maladie, parallèlement aux cotisations sociales».

«On peut donc très bien imaginer que le législateur vote une diminution du nombre de certains fonctionnaires de l’Etat dans la loi annuelle de Finances et répercute l’économie réalisée dans la loi de financement de la Sécurité sociale», poursuit Jean-Marie André.

Et de pointer une contradiction de Nicolas Sarkozy qui a proposé la fusion des Assedic et de l’ANPE. «Les premiers relèvent des partenaires sociaux, comme l’assurance-maladie, et le second est un service public. On peut certes avoir la volonté politique de les fusionner mais pourquoi, dans ce cas, avoir tant mis l’accent sur l’autonomie de l’assurance-maladie ?».
Alexandre Sulzer

Source : 20Minutes.fr, éditions du 03/05/2007 - 17h33

jeudi, 03 mai 2007

Revue de Presse, Suite

« A Paris, la candidate socialiste se "révèle" aux électeurs de François Bayrou »








Comme des joueurs de foot éliminés, condamnés à regarder une demi-finale entre deux équipes qui ne sont pas les leurs, la vingtaine de jeunes militants et sympathisants UDF réunis, mercredi 2 mai, au café O! Jules, place d'Italie dans le 13earrondissement de Paris, s'étaient fait une raison.

Avant le débat, hormis quelques indécis, la plupart étaient résignés à "voter anti-Sarko", parce qu'ils "craignent ce qu'il est". Après deux heures quarante de face-à-face entre les deux candidats à la présidentielle, ils sortent résolus à voter "pour Ségolène, par conviction".

Pourtant, avant le début de la "confrontation", le match leur semblait joué d'avance. Nicolas Sarkozy avec sa "verve", sa "maîtrise des dossiers", devait forcément "gagner". Ségolène "plutôt insipide pendant la campagne", "lente", "hésitante", serait incapable de prendre le dessus.

Dès les premières images, la petite tribu bayrouiste révise son jugement. D'abord, il y a "le col Mao de Ségolène" : "Elle nous fait un clin d'œil à Mai 68!", s'exclame, séduit, Nicolas Voisin, blogueur trentenaire bordelais. "Vous avez vu ses mains posées l'une sur l'autre. Comme faisait Mitterrand", enchaîne-t-il à propos de la candidate PS. "Et la petite ride entre les deux yeux chez Sarko? C'est le signe qu'il commence à s'énerver, c'est sûr!", jubile-t-il.

A chacune des "attaques" de la candidate du PS, des bras se lèvent dans l'assistance en guise de ola. "Elle est tenace, pugnace. Pour moi, c'est une révélation", s'extasie Alexandre Girard, militant parisien, étudiant en économie.

"Fortement surpris"

"Jusqu'ici, dans cette campagne, quand Sarko parlait, je n'étais pas d'accord, confie Jonathan Benhaïm, étudiant en chiropractie. Mais je ne voyais personne en face, hormis Bayrou, pour lui répondre. Ce soir, j'ai découvert quelqu'un capable de me donner confiance." "Avant je voulais barrer la route à Sarko, poursuit Franck Vautier, 36 ans, communicant et sympathisant UDF. Après ce débat, je me sens plus proche de Ségolène sur certains points de son projet." "Je suis très fortement surpris, confie Fabien Neveu, 34 ans, autre sympathisant. Elle est transfigurée." Eric Fardel, 34ans, professeur de sciences dans un lycée parisien, militant, se dit "impressionné" : "Elle est très chef d'Etat . On dirait qu'elle est habitée." "Les femmes dans l'adversité sont bien meilleures", se flatte Laurence Dalboussière, 43 ans, militante à Cap 21, le parti de Corinne Lepage, ralliée à François Bayrou.

La plupart saluent la capacité "d'ouverture" de la candidate socialiste. Ils repèrent des similitudes avec les propositions de François Bayrou sur la dette, l'éducation, le soutien aux PME.

Certes, tous continuent de penser que "le programme économique de Sarkozy est plus solide". "Mais elle est plus humaine, capable de s'adresser à nous comme à des citoyens", apprécie Fabien Neveu. "Je voulais voter blanc ou PS. Je voterai Ségolène", conclut Axel Maliverney, 22ans, conseiller clientèle.

Pour autant, ce débat "même s'il lui fait gagner deux points ne suffira pas à lui assurer la victoire", relativise Nicolas Voisin. Arnold Boisramé, chômeur, 30ans, adhérent UDF depuis 2004 repart aussi "indécis" qu'à son arrivée. "Je rêverais de la personnalité de Ségolène avec le programme de Sarkozy" dit-il. Le choix, pour lui, restera cornélien jusque dans l'isoloir, dimanche.

Béatrice Jérôme

Revue de Presse du 3 mai

A 22 h 55, l'incident sur les handicapés

logo FIGARO
Débattant du handicap, la candidate PS accuse son adversaire « d'immoralité politique ». Qui répond en s'étonnant qu'elle « perde ses nerfs ».22h55. APRÈS près de deux heures d'un débat policé et technique, ponctué de quelques escarmouches sur les 35 heures ou le nucléaire, le duel prend soudain une tournure violente sur un sujet inattendu et sensible, le handicap. Royal, qui cherchait une faille, porte la première attaque. Elle accuse Sarkozy d'atteindre sur ce sujet « le summum de l'immoralité politique » par la façon dont il vient d'évoquer, « la larme à l'oeil », l'accueil des enfants handicapés dans les écoles.

« Jouer avec le handicap est proprement scandaleux », lance-elle, ulcérée, en reprochant à la droite d'avoir « cassé » la politique qu'elle avait initiée lorsqu'elle était ministre de Lionel Jospin. « Calmez-vous, ne me montrez pas du doigt avec cet index pointé », réplique Nicolas Sarkozy, dans une ambiance de grande tension. « Non, je ne me calmerai pas. Quand il y a des injustices, il y a des colères particulièrement saines », fait-elle valoir.

« Vous sortez de vos gonds avec beaucoup de facilité »La passe d'armes se poursuit : « Je ne sais pas pourquoi Mme Royal, d'habitude calme, a perdu ses nerfs ». Le candidat UMP reprend l'avantage : « Je ne pense pas que vous élevez la dignité du débat politique, dit-il. Je ne mets pas en cause votre sincérité, ne mettez pas en cause ma moralité. » Il insiste : « Vous sortez de vos gonds avec beaucoup de facilité. Le président de la République, c'est quelqu'un qui a des responsabilités très lourdes ». Ségolène Royal se défend : « Je ne m'énerve pas, je me révolte car j'ai gardé ma capacité de révolte intacte ».

Nicolas Sarkozy aurait pu lui répondre qu'une loi existe sur l'obligation de scolarité des enfants handicapés. Elle a été votée en février 2005 sous l'impulsion de Jacques Chirac qui a fait du handicap l'un des trois chantiers de son quin­quennat. A la rentrée 2005, les as­­sociations de parents d'enfants han­dicapés ont manifesté leur mécontentement car les écoles n'étaient pas prêtes à les accueillir. Mais, dès la rentrée 2006, elles ont constaté un net progrès : quelque 160 000 enfants ont pu intégrer une classe en milieu ordinaire, soit 6 % de plus que l'année précédente et 20 % de plus qu'en 2004.

De son côté, Ségolène Royal peut se targuer d'avoir, en 2001, lorsqu'elle a pris en charge le dossier du handicap, organisé son plan handiscole. Le principe était de créer des postes d'auxiliaires dans les écoles pour aider les enseignants à accueillir des enfants handicapés dans leurs classes. Mais les associations ont beaucoup critiqué ce système, pas assez contraignant et progressivement, les postes des auxiliaires ont été supprimés. 

Nucélaire, avantage à Royal, selon le figaro

Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont tort tous les deux !
Ségolène Royal a interrogé son adversaire sur la part du nucléaire dans la consommation d'électricité en France. Or, le chiffre de 17% correspond à la part du nucléaire dans toute l'énergie (et pas uniquement l'électricité) consommée en France.
Quant au chiffre de 50%, il ne correspond à rien dans le domaine de la consommation de l'énergie.

Un débat enfin d'époque pour libé

Tant la réalisation que les duettistes ont été à la hauteur.
Trente-trois ans après sa création en 1974, le débat de l'entre deux tours a enfin atteint sa maturité télévisuelle. L'objet empesé alternant plan sur un candidat puis plan sur l'autre est mort hier soir. Le réalisateur, Jérôme Revon, a pourtant respecté la règle interdisant les plans de coupe, mais il l'a savamment contournée. A la place, Revon multiplie les plans larges. Résultat : le téléspectateur a pu voir ce que l'un faisait pendant que l'autre argumentait. Et c'est aussi dans ces plans larges que le débat s'est joué.
Le tirage au sort a désigné Sarkozy pour parler le premier. Il commence comme sa caricature des Guignols : cacalme, coocool, zezen et la voix détimbrée. Elle, d'emblée, monte le son et impose ses thèmes (la dette, la croissance, etc.), obligeant son rival à la suivre sur son terrain. En face, Sarkozy ne cesse de regarder Arlette Chabot et Patrick Poivre d'Arvor, s'adresse à eux plutôt qu'à Royal. Elle le fixe, même quand la caméra n'est pas sur elle. Quand il parle, elle prend des notes. Ce qu'elle écrit ? Sûrement rien, mais la diversion marche : Sarkozy baisse les yeux et regarde, agacé, le stylo de Royal qui s'agite.
Celle-ci mène le débat comme une guérilla et se paie le luxe de se la jouer maîtresse d'école. Lui est sur la défensive. Son truc : l'appeler «Madame» sans cesse. Citer à plusieurs reprises le nom de François Hollande pour ramener Royal à son statut de compagne. Dans la position de son corps aussi, Royal est à l'offensive. Lui a le coude posé sur la table, le dos souvent voûté ; elle est avancée vers lui. D'un coup, le décor en anneaux imaginé par Philippe Désert tient du numéro de hula-hoop. Et c'est Royal qui est au centre.

mercredi, 02 mai 2007

Le Washington Post nous donne son avis.

" Sarkozy propose de faciliter les licenciements, de réduire les impôts (y compris les droits de succession), de revenir sur la semaine de 35 heures et d'autres mesures qui favorisent les hauts revenus et les propriétaires de grandes entreprises. Ces mesures redistribueront la richesse vers le haut, comme nous le faisons aux Etats-Unis depuis trente ans. Mais, une fois encore, rien ne prouve économiquement qu'elles feront augmenter l'emploi ou la croissance.

Royal propose une série de mesures pour doper la demande – entre autres, l'augmentation du salaire minimum, des allocations chômage et la multiplication des emplois subventionnés. Ces propositions sont plus logiques sur le plan économique car elles ont au moins une chance de créer des emplois – en dopant la demande totale et le pouvoir d'achat.

Si la France bascule à droite lors de cette élection, ce sera largement à mettre sur le compte de la désinformation économique. "

ÉLYSÉE 2007 •  La désinformation économique, une aubaine pour la droite  
Courrier International
" La campagne électorale française prouve qu'une mauvaise analyse économique alliée à un problème plus général avec l'arithmétique peut influencer les électeurs et même déterminer l'avenir d'un pays. L'analyse du chercheur américain Mark Weisbrot. Le thème qui a propulsé Sarkozy en avant, c'est que l'économie française est "coincée" et doit être réformée pour ressembler davantage à la nôtre. On pense aussi que la France doit devenir plus "compétitive" sur le plan international car, avec la mondialisation, la concurrence est plus dure. Parmi ceux qui considèrent que les salariés français doivent réduire leur niveau de vie à cause de la mondialisation de l'économie, le plus célèbre est Thomas Friedmann, du New York Times. "Toutes les forces de la mondialisation grignotent les Etats-providence européens", écrit-il… "Les électeurs français tentent de préserver la semaine de 35 heures dans un monde où les ingénieurs indiens sont prêts à travailler 35 heures par jour." Pour Friedman et la plupart des experts, c'est l'équation impossible. Or il est important de comprendre que cet argument – les citoyens d'un pays riche doivent réduire leur train de vie ou leurs programmes gouvernementaux à cause du progrès économique des pays en développement – n'a aucune logique sur le plan économique. Une fois qu'un pays développé a atteint un certain niveau de productivité, il n'y a aucune raison pour que ses habitants subissent des réductions de salaire, ou travaillent davantage sous le prétexte que les autres pays sont en train de les rattraper. Cette productivité, qui repose sur la connaissance, les compétences, les réserves de capital et l'organisation économique du pays, est toujours là, et augmente d'ailleurs chaque année. Si certains intérêts particuliers avancent l'argument de la concurrence internationale pour abaisser le niveau de vie des salariés français, allemands et américains – et c'est le cas –, cela signifie tout simplement que ce ne sont pas les bonnes personnes qui définissent les règles du commerce international. Le problème, c'est non pas le progrès économique, mais l'existence d'une démocratie limitée où la majorité n'est pas représentée. Passons aux chiffres du chômage des jeunes en France, des chiffres élevés qui définissent la politique du pays et ont influencé l'opinion internationale lors des émeutes de [novembre] 2005. Dans la mesure standard du chômage, les chômeurs sont le numérateur et les chômeurs plus les actifs, le dénominateur (c/c + a). Avec ce système, les hommes âgés de 15 à 24 ans ont un taux de chômage de 20,8 % en France, contre 11,8 pour les Etats-Unis. Mais cette différence s'explique en grande partie par le fait qu'en France il y a proportionnellement davantage de jeunes hommes hors de la vie active – parce qu'ils poursuivent leurs études et parce que les jeunes Français qui travaillent à temps partiel en faisant leurs études sont moins nombreux qu'aux Etats-Unis. Ceux qui ne sont pas dans la vie active ne sont comptabilisés ni dans le numérateur, ni dans le dénominateur. Pour une meilleure comparaison, il faut examiner le nombre total de chômeurs divisé par le nombre de chômeurs dans la population des 15-24 ans. Avec ce système, on aboutit à 8,3 % pour les Etats-Unis et 8,6 % pour la France. Les deux pays ont un sérieux problème de chômage chez les jeunes, et, dans les deux pays, il touche essentiellement les minorités raciales et ethniques. Mais le problème n'est pas tellement pire en France qu'aux Etats-Unis.

Sarkozy propose de faciliter les licenciements, de réduire les impôts (y compris les droits de succession), de revenir sur la semaine de 35 heures et d'autres mesures qui favorisent les hauts revenus et les propriétaires de grandes entreprises. Ces mesures redistribueront la richesse vers le haut, comme nous le faisons aux Etats-Unis depuis trente ans. Mais, une fois encore, rien ne prouve économiquement qu'elles feront augmenter l'emploi ou la croissance.

Royal propose une série de mesures pour doper la demande – entre autres, l'augmentation du salaire minimum, des allocations chômage et la multiplication des emplois subventionnés. Ces propositions sont plus logiques sur le plan économique car elles ont au moins une chance de créer des emplois – en dopant la demande totale et le pouvoir d'achat.

Si la France bascule à droite lors de cette élection, ce sera largement à mettre sur le compte de la désinformation économique. "

* Directeur du Center for Economic and Policy Research (CEPR) à Washington.

Mark Weisbrot* The Washington Post

vendredi, 20 avril 2007

Voter = décider, par Laurent Joffrin

Salut à toi, ô électeur hésitant, prince de cette campagne. Avec quelle précaution, quelle prudence, quelle délicatesse nous scrutons les moindres oscillations de ton coeur. Ainsi, selon ton choix, l'un sera roi ou l'autre reine. Dans les deux cas, c'est un choix respectable. Mais il faut en mesurer les conséquences. Bayrou ? C'est fou. Folie compréhensible, empreinte d'une sagesse de juste milieu. Les partis traditionnels ont trop déçu, les équipes dirigeantes successives trop peu réussi au pouvoir pour qu'elles puissent se présenter devant l'électeur sans gêne. Tentons l'expérience d'un gouvernement des meilleurs, emmené par un Béarnais cousin de d'Artagnan. Portons-le, surtout, au second tour pour garantir la défaite de l'anxiogène Sarkozy. Un tracteur plutôt qu'une voiture de police : on devine le calcul. Calcul étrange tout de même, car tout entier fondé sur de fragiles sondages qu'on affecte par ailleurs d'ignorer. Les coups de billard à trois bandes sont rarement fiables, et la boule blanche disparaît souvent dans le trou de l'inconnue politique. Les votes, faut-il le rappeler, sont des décisions et non des messages. Si l'on vote Bayrou, c'est qu'on décide, vraiment, de faire disparaître la gauche dès le premier tour pour la deuxième fois de suite, autrement dit de la rayer de la carte. S'il y a un message, il est clair : adieu gauche, socialisme, réforme sociale incertaine mais généreuse, lutte contre le libéralisme débridé, humanisation historique du capitalisme. Place aux gestionnaires, qui parlent avec raison de la dette et des déficits mais qui ne prévoient pas grand-chose pour les oubliés du redressement économique, si redressement il y a. Tout un pan d'histoire, défilés Bastille-République, drapeaux écarlates et chants fraternels renvoyés au musée. Mais l'avenir a parfois besoin du passé, serait-il couleur sépia. D'autant que le mandat de Royal, au second tour, ne consistera pas à rétablir le vieux socialisme. Mais à le dynamiter

jeudi, 19 avril 2007

Pourquoi nous voterons Ségolène - Par Jean Daniel

"SI NICOLAS Sarkozy est élu (…) nous n’aurons aucune excuse. (…) J’appelle donc François Bayrou et Ségolène Royal, avant le premier tour, à s’engager dans la voie d’une alliance." Ségolène Royal a repoussé cette proposition en la déplorant. François Bayrou a fait la même chose mais en s’en félicitant. En tout cas, l’appel de Michel Rocard – relayé par Bernard Kouchner et Claude Allègre - n’a pas atteint son objectif déclaré. Ce sont donc les deux candidats, autant l’un que l’autre, auxquels il s’est adressé qui, selon son expression, n’auront pas d’"excuse" devant l’Histoire.

Incident de parcours ? Non. Les répercussions de cette affaire n’ont pas disparu pour autant. Elles se sont aggravées dans la mesure où la mise sur le même plan de Ségolène Royal et de François Bayrou risque de démotiver un certain nombre d’électeurs de gauche qui se laissent au surplus persuader qu’au second tour, seul François Bayrou pourrait vaincre Sarkozy. Ainsi la conjonction de l’appel et des refus auront achevé de brouiller les cartes. Au point de ne pas exclure qu’un Le Pen – oui, Le Pen - puisse en profiter.

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Impératif démocratique

 Après le soutien de Jean Daniel (fondateur du Nouvel Obervateur), hier, c'est Jean Marie Colombani, patron du Monde, de prôner le changement qu'engagera Ségolène Royal :


 Le 22 avril 2007 ne peut pas, ne doit pas ressembler au 21 avril 2002. Pour légitime que soit l'aspiration à la diversité, au " déverrouillage " du système politique, que reflète la multiplicité des candidatures au premier tour de l'élection présidentielle, celle-ci doit s'effacer devant un impératif démocratique : éviter la désillusion et la colère qui naîtraient à nouveau d'un débat faussé, amputé. Il est important que notre " cher et vieux pays " puisse, au second tour, dire clairement où il veut aller ; et se prononce sur une certaine idée de notre avenir, de notre vivre ensemble. Il faut donc, au soir du premier tour, que soient réunies les conditions d'une claire et grande confrontation entre deux projets de société.

De ce point de vue, il y a dans l'offre politique disponible deux options : celle de Nicolas Sarkozy, se réclamant de la droite et de la majorité sortante, semble déjà sûre d'elle-même ; il faut donc souhaiter que la seconde, se réclamant de la gauche et qu'incarne Ségolène Royal, soit présente au second tour pour assurer les chances d'un vrai choix. Il sera temps, entre les deux tours, de comparer l'une à l'autre au regard des enjeux de la société française et de la place du pays dans le monde, afin de lever, si possible, les ambiguïtés et les déceptions nées de la campagne pour le premier tour.

Au tout début de celle-ci figurait en bonne place une aspiration tout aussi puissante que celle de ne pas revivre un 21 avril : celle d'un renouvellement de la vie publique, espéré à travers un saut de génération inédit. Parmi les trois candidats démocratiques qui peuvent nourrir l'espoir d'entrer à l'Elysée, en effet, deux le sont pour la première fois (Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy), le troisième (François Bayrou) l'est au nom d'une posture nouvelle (une forme d'union nationale).

Tous trois sont jeunes et proclament leur volonté de changement. Chacun promet donc de bousculer les habitudes françaises et de rompre avec les tabous de son camp. A ce stade, cette forme de renouvellement, si elle a ramené l'intérêt du pays vers la chose publique, n'a pas donné pleine satisfaction. L'un des grands paradoxes de la campagne pour le premier tour de scrutin est en effet que celle-ci porte la marque d'une forte attente, mais aussi d'une réelle indécision, largement provoquée par une déception palpable.

A l'origine de celle-ci se trouve vraisemblablement l'impression donnée par Mme Royal et M. Sarkozy d'une oscillation permanente, liée à leur souci tactique de se disputer chaque thème (les petits drapeaux de l'une répondant aux proclamations de l'autre sur la crise d'identité, par exemple) et surtout à leur commune obsession de coller à l'opinion du moment. M. Bayrou prête peu le flanc à une telle critique du fait d'une campagne axée principalement sur l'idée d'une recomposition politique, que ne permettent pas les institutions actuelles, et qui revient de sa part à spéculer sur un enchaînement miraculeux autant qu'improbable.

Nous eûmes donc les allers-retours de Nicolas Sarkozy, se proclamant libéral avant de redevenir classiquement colbertiste. A moins que, comme le disent les Britanniques, il ne soit libéral quand les affaires marchent, protectionniste quand l'Etat est impuissant. Ségolène Royal, quant à elle, nous conduisait à ne plus trop prêter attention à ses premières annonces, pour attendre l'inévitable correction de tir qui ne manquerait pas de suivre. L'un et l'autre ont eu, en quelque sorte, une attitude de journaliste plus que de candidat. Ils ont fait campagne en cherchant à rebondir sur des actualités et des émotions successives, leurs priorités respectives étant finalement gommées à force de sauter d'un sujet à l'autre.

Non que les grands sujets aient été oubliés : le chômage, le pouvoir d'achat, l'école, la protection sociale, la sécurité ont tour à tour tenu la vedette. Mais chacun de ces thèmes a fait l'objet de propositions parcellaires. En cela, cette première partie de campagne a illustré la grande difficulté des démocraties modernes : celle de la construction d'une unité sociale et politique à partir de l'émancipation et de la séparation des individus. Il est donc indispensable qu'entre les deux tours chacun soit à même de ramasser et d'organiser ses propositions, au nom de l'indispensable recherche d'une nouvelle dynamique et de la relance d'une perspective de progrès économique et social qui fasse toute leur place aux différentes composantes de la société.

D'ici là, ayons à l'esprit que si le rapport des forces, dans le pays, semble assez nettement favorable à la droite (du moins si l'on se fie aux enquêtes d'opinion), les attentes principales - chômage, pouvoir d'achat - sont à gauche.

Malgré le caractère, à certains égards, époustouflant de la percée de François Bayrou, sa présence s'analyse aussi comme le retour au schéma classique d'une primaire à droite (comme le furent les combats Chirac-Giscard, Barre-Chirac, Balladur-Chirac), qui a pour effet mécanique de contenir le vote Le Pen (lequel avait percé en 2002 en l'absence d'une telle compétition à droite).

L'audience du candidat " centriste " n'est allée au-delà que parce qu'il y a une impatience, à gauche, face à un PS incapable de faire émerger une force sociale-démocrate moderne. Ségolène Royal devra donc s'assumer telle qu'elle est en réalité, c'est-à-dire convaincue de cette nécessaire évolution, et non telle que le PS voudrait qu'elle soit. Elle a laissé entrevoir cette perspective de façon non délibérée, et certainement pas organisée. Elle devra donc y mettre la ténacité, la force de caractère, le courage qui sont les siens.

En face, Nicolas Sarkozy a pour lui d'être, de tous les candidats, le mieux préparé ; à ce stade le plus " crédible ", selon les canons classiques du présidentiable. Mais à deux reprises, durant cette campagne, M. Sarkozy a franchi une ligne jaune, se plaçant en contradiction avec les valeurs qu'il affirme défendre quand il revendique aussi Camus, Blum et Jaurès. Le souhait de créer un ministère de l'identité nationale et de l'immigration renvoie immanquablement à des moments sombres de l'histoire. Comme l'explique fort bien l'historien Gérard Noiriel, " lorsque l'Etat se mêle d'identité, cela donne des résultats terrifiants, incompatibles avec la démocratie ". Attaqué de manière scandaleuse par Le Pen en raison de ses origines immigrées - qu'il revendique haut et fort, ce qui est tout à son honneur -, M. Sarkozy ne devait pas s'aventurer aussi loin sur les terres idéologiques du Front national.

De la même manière, sur quelles bases scientifiques s'appuie-t-il lorsqu'il avance que la pédophilie est d'origine génétique ? Sur quelles études réellement fiables sa conviction que les gènes sont responsables du suicide, chaque année en France, de 1 300 adolescents repose-t-elle ? De deux choses l'une : soit Nicolas Sarkozy est ignorant en ces matières fondamentales, et il aurait mieux fait de s'abstenir dans ce difficile débat sur les rôles respectifs de l'inné et de l'acquis ; soit il est persuadé du bien-fondé de ce qu'il dit, et il y a lieu de s'inquiéter de son engouement pour des thèses déterministes condamnables. En ces deux moments donc, M. Sarkozy, tout à son souhait de " fixer " sur son nom des électeurs de Jean-Marie Le Pen, a travesti sa nature de républicain sincère. C'est du moins ce que l'on voudrait croire.

Dans notre système institutionnel, renforcé par l'inversion du calendrier (les législatives suivant obligatoirement la présidentielle), la bataille pour l'Elysée est la mère de toutes les batailles. L'attente du pays se concentre donc sur cette échéance, comme sur les personnalités susceptibles de l'emporter. Cette attente est d'autant plus forte qu'aucune des lourdes interrogations qui taraudent la société française (le débat sur l'" immobilisme ", la force de la demande de changement dans une société qui craint de perdre ses acquis, la lancinante question de l'identité, l'état de la méritocratie à la française et la panne de l'ascenseur social, pour n'en citer que quelques-unes) n'a trouvé à ce jour de réponse claire. De ce point de vue, le dernier mandat de Jacques Chirac a fonctionné comme une sorte de parenthèse. Si bien que depuis son élection, en 1995, le pays n'a pas vraiment été en mesure de se prononcer clairement, positivement, pour dessiner son avenir.

Traditionnellement, dans un scrutin présidentiel, l'adage veut qu'au premier tour on choisisse et qu'au second on élimine. Cette fois, il faut éliminer au premier tour pour être sûr de pouvoir choisir au second. En dépit des confusions qui ont parasité la campagne, le seul projet qui s'oppose à celui de Nicolas Sarkozy et qui s'appuie sur une force politique capable de gouverner est celui de Ségolène Royal.

J-M. Colombani

Source : © Le Monde

vendredi, 06 avril 2007

Grand oral féminin pour les candidats

Invités par «Elle», ils ont répondu aux questions de lectrices, hier, à Sciences-Po.
Par Charlotte ROTMAN
Liberation
Ils sont venus parler aux femmes. Et tenter de les convaincre. A l'invitation du magazine Elle , les principaux candidats à la présidentielle répondaient aux questions d'internautes (lectrices du magazine), de personnalités, d'étudiants sur «ce que veulent les femmes». 
Hier matin, Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou se sont succédé dans le grand amphithéâtre de Sciences-Po, à Paris, pour évoquer les crèches ou le travail à temps partiel féminin, mais aussi l'identité nationale ou la sélection à l'université. Chacun a eu des applaudissements et des huées ­ sauf le centriste qui n'a jamais heurté le public...
Viril. Assis dans une position qui se voulait virile, le candidat de l'UMP se veut à l'aise au point de faire plusieurs fois l'enjoué avec la journaliste Laurence Ferrari. Elle : «Un petit café ?» Lui : «Si c'est une invitation...» Rires mous dans la salle. «C'est important pour vous de parler aux femmes aujourd'hui ?» , entame la journaliste. Sarkozy sourit avant de lui répondre : «Non. Je n'avais pas pensé que dans une élection, il y a aussi des femmes.» Puis, comme s'il voulait se reprendre : «Je ne fais pas un discours pour les femmes, un pour les hommes, un pour les ruraux, un pour les citadins...» Valérie Toranian, directrice de la rédaction de Elle le ramène au sujet : «Vous allez quand même parler aux femmes [...], elles sont dans le désarroi pour concilier vie professionnelle et familiale . » Sarkozy plaide pour «la liberté de choisir» . Il propose la mise en place d' «études dirigées» , après les cours, pour faire les devoirs. Il se prononce aussi pour «un droit opposable à la garde des enfants», même s'il précise : «On ne peut pas couvrir la France de crèches . » Enfin, il plaide pour un droit à la formation continue, y compris pour les mères restées au foyer. Puis s'en va.
Arrive Ségolène Royal.  Première femme présidentiable, elle admet qu'elle se sent « une responsabilité particulière». Une étudiante l'alpague poliment : «Les fonctions présidentielles sont asexuées, sinon on risque de verser dans un féminisme extrême.» La socialiste rit : «On est très loin de ce féminisme extrême . » Elle se lève, mains tournées vers le public. Elle rappelle qu'elle a entendu durant la campagne ce qu' «aucun homme n'aurait entendu» . Remous dans la salle. Ses trois «mesures phares» ? D'abord, un texte de loi sur les violences faites aux femmes «dont les grandes lignes sont déjà rédigées» . Ensuite, un service public de la petite enfance qui assure que «tous [elle parle des mères mais aussi des pères] puissent faire garder leurs enfants».  «Quand j'étais ministre de la Famille, j'avais instauré un programme de construction de 80 000 places de crèche par an, que la droite a supprimé», a tenu à préciser la candidate. Pour annoncer la dernière mesure, elle hausse la voix : «Je ferai entrer au Panthéon les cendres d'Olympe de Gouges [...] qui a engagé un combat global qui n'est pas terminé.» Elle part sous les cris : «Présidente !» 


dimanche, 11 mars 2007

Notre campagne appréciée par le blogue d'information vanvéen

AU NIVEAU DU PARTI SOCIALISTE :

Rien ne bouge. Avec Guy JANVIER, les amis de Ségolène Royal font une bonne campagne locale. Présence pour tractage aux marchés, réunions type « Café Ségo », réunions publiques…La conséquence évidente de cette énergie déployée est que le PS est en train d’accueillir de nouveaux militantes qui seront des forces supplémentaires pour les élections locales.

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