dimanche, 25 février 2007
Nouvelle étape
Alors que Ségolène Royal est, semble-t-il, de retour au premier plan, Jacques Juliard, du nouvel Obs, souhaite que l'on ne perde pas de vue les raisons des difficultés que la candidate à recontrer jusqu'à présent pour imposer son style et son discours.
Le figaro, quant à lui, indique que Ségolène Royal, désormais entourée de toute sa famille politique, prête à la confrontation avec ses opposants.
SEGOLENE ROYAL est devenue une cible. Et le danger vient pour elle de trois directions.
Jacques Juliard, Nouvel obs, 22/02/07
D’abord d’elle-même, à cause d’une certaine inexpérience. Mais à la fin, il faut savoir ce que l’on veut. On ne peut avoir à la fois la fraîcheur et la bouteille, la fougue des jeunes loups et la ruse des vieux renards. Ségolène a – quelle découverte ! – les défauts de ses qualités. Pas grave. Elle a du reste démontré lundi à TF1 sa connaissance des dossiers et une empathie avec la société qui manque à l’ancien maire de Neuilly.
Plus sérieux, le danger qui vient de ses amis. Depuis le début de la campagne, je trouve le PS couille molle et faux cul. Au sommet surtout. Trop de ressentiment. Trop d’ambitions déçues. Trop d’amour-propre mal placé. Tenez : la bouderie de Lionel Jospin, hors de saison. Tenez : le néo-gauchisme de François Hollande à propos des impôts et ces rodomontades à propos des retraites.
Le danger vient enfin de ses ennemis, bien sûr.
D’abord, les ralliés à Sarkozy. Ces intellos qui ont quitté la gauche depuis longtemps, passés directement de la cause du peuple à la défense de l’Occident. Ces féministes exacerbées : on ne dira jamais assez la misogynie de certaines féministes. Ces femmes du monde très chic : "Sérieusement, cher ami, vous allez voter pour cette Ségolène ?" Tout cela pour l’anecdote.
Venons-en aux deux principaux morceaux.
D’abord, l’Argent. Il a choisi son candidat. Il y a autour de Sarkozy du jeton de présence et du parachute doré. Il y a du CAC 40 dans cette candidature.
Et pourquoi ce soutien en or massif ? Parce que Sarkozy est le plus sérieux ? Chansons ! Un candidat qui propose 50 milliards de dépenses supplémentaires plus 68 milliards de réduction d’impôts, quitte à réduire ensuite son évaluation, quand la France est endettée jusqu’au cou, vous trouvez cela sérieux, vous ? On n’entend pourtant, venant du grand Capital, que de légers toussotements. En revanche, que Ségolène propose la moindre réforme sociale et le gang des bons apôtres et des économistes marrons de scander en chœur : "Le chiffrage ! Le chiffrage !"
Vous avez bien compris que les dés sont pipés et que l’Argent réserve ses faveurs non au plus sérieux mais au plus docile. Nous voilà entrés, sans qu’il y paraisse, dans la plus "lutte des classes" de toutes les campagnes électorales récentes. Je ne suis qu’un pauvre diable de réformiste mais lorsque je vois l’Argent basculer en bloc d’un côté, je n’ai qu’un réflexe : me jeter de l’autre ! C’est comme cela. Et tous ces "marxistes" qui oublient de l’être chaque fois que cela servirait à quelque chose !
J’en viens au plus grave à mes yeux. Le ralliement massif des médias, télés et radios en tête mais presse écrite itou, à Nicolas Sarkozy. Vendus ? Pas besoin : ils s’offrent gratuitement. Quand je pense à tout le foin que l’on a fait autour du malheureux Alain Duhamel, coupable d’avoir, il y a trois mois, confié qu’il allait donner sa voix à Bayrou, alors que presque tous les reportages, tous les interviews, tous les commentaires nous distillent dans le subliminal : je vote Sarkozy ! Faites comme moi, votez Sarkozy ! Voyez, depuis six semaines, cette danse du scalp. Des exemples ? Il y en a mille. Autour de Ségolène, parce qu’elle a dit "bravitude" au lieu de bravoure. Quand Sarkozy commet à son tour un lapsus et dit "héritation" au lieu d’héritage, en avez-vous entendu parler ? Quand il attribue à Mitterrand une citation de Giscard, est-ce qu’on en fait une histoire ? Quand il propose les allocs dès le premier enfant, est-ce qu’on lui demande le chiffrage ? Ou quand il propose, à l’encontre de tout esprit redistributif, de détaxer l’héritage ? Quand il s’engage à ne pas remplacer la moitié des fonctionnaires partant à la retraite, soit 20 000 enseignants par an, est-ce que l’on crie à l’irresponsabilité ? En termes de médias, la France d’aujourd’hui est comme l’Italie d’hier : en voie de berlusconisation.
Face à la France des nantis, il ne reste donc à Ségolène qu’une seule carte : elle s’appelle le peuple. Je vous accorde que, pour la France du CAC 40, cela ne pèse pas bien lourd ; mais cela permet encore de gagner une élection.
Ségolène Royal à l’heure de la confrontation
Le Figaro, 25/02
La candidate socialiste, qui reprend du terrain dans les sondages, se sent prête pour un affrontement direct avec Nicolas Sarkozy.
« Maintenant, j'ai avec moi la meilleure équipe qui soit », déclare Ségolène Royal dans un entretien au Parisien. Une condition sine qua non pour ouvrir la nouvelle phase de sa campagne : une confrontation « indispensable » avec la droite. Elle se targue d’avoir pu réunir dans son équipe du « pacte présidentiel » les poids-lourds socialistes. « J'entendais dire: 'elle ne rassemble pas'. Mais les choses viennent en leur temps. Dans une campagne, il y a des étapes », souligne-t-elle, ajoutant que Lionel Jospin n’a pas hésité avant d’accepter « chaleureusement » de la rejoindre. De même, Laurent Fabius lui a réservé un franc soutien lors d’un meeting commun dans son fief du Grand-Quevilly.
Désormais, l’heure est à la confrontation, dit-elle : « les Français la veulent, même s'ils la redoutent un peu aussi au cas où elle déraperait dans une querelle de personnes ». Et de s’y lancer avec une attaque contre Nicolas Sarkozy. Tout en disant « ne pas juger l’homme », elle estime qu’il s’est « fortement droitisé », l’accusant d’utiliser « le vocabulaire de l’extrême-droite », notamment à propos des « abattages de moutons dans les baignoires ».
Ségolène Royal, qui regagne du terrain dans les sondages, est également revenue dans Le Parisien sur l’épisode Besson. Elle regrette son départ, et assure que sa déclaration d’alors (« qui connaît Monsieur Besson ? ») se voulait un « trait d’humour ». « J'étais dans une usine auprès de femmes qui touchent le salaire minimum après 35 ans de carrière, et les médias ne parlaient que de cela, ce qui me semblait manquer de respect pour ces ouvrières », justifie-t-elle.
18:25 Publié dans Revue de Presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, Médias, Argent, CAC40, Confrontation


