mercredi, 15 novembre 2006
Libénautes - Question à Ségolène Royal
La provocation permanente fait-elle progresser la politique française ?
«La provocation est la caricature de la politique. Je crois en l'intelligence collective, je crois que les citoyens ont envie de se saisir de leurs problèmes. Et je souhaite construire une République du respect : la provocation n'y a pas de place.»
Conseilleriez-vous à vos enfants de s'engager dans une voie sans en avoir ni l'expérience, ni les capacités? Non, alors pourquoi le faire ?
«Pour exercer la magistrature suprême, il faut avoir deux types d'expérience. L'expérience politique bien sûr, et mes mandats de députée, de présidente de Région, les fonctions que j'ai exercées dans trois ministères essentiels, l'Education, l'Environnement et la Famille, ainsi que les sept années de travail auprès de François Mitterrand, m'ont permis de la forger et de la fortifier.
Mais il y a aussi l'expérience de la vie : je sais ce que signifie de s'arracher par l'étude et le travail à un destin écrit d'avance. Je sais ce qu'est la bataille au quotidien pour les femmes, qui doivent sans cesse démontrer ce qu'on reconnaît plus spontanément à un homme. L'expérience n'est pas une technique froide. L'expérience, c'est la force d'avancer.»
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Libénautes - Question3 - Afrique
Comment comptez-vous aider l'Afrique sans l'exploiter économiquement et humainement ?
LF«J'ai déjà annoncé que mon premier déplacement hors d'Europe, comme président, sera pour l'Afrique. Nos destins sont liés. La santé, l'environnement, la sécurité de l'Afrique nous concernent. Je combats «l'immigration choisie» prônée par Sarkozy, qui constitue une insulte pour les populations d'origine africaine. Je veux que la France et l'Europe épaulent l'Afrique, sans lui imposer leur «modèle», mais grâce à une politique ambitieuse de codéveloppement, de soutien aux entreprises locales, de maîtrise de la démographie, d'accès aux médicaments et aux technologies. Plutôt que la néocolonisation "Françafrique", je veux une relation amicale et fraternelle. Elle commencera par le respect de l'objectif de 0,7 % du PIB pour notre aide publique.»
Donnerez-vous une direction nouvelle à la politique africaine de la France ?
SR«Il faut repenser de fond en comble la coopération et l'aide au développement, en se concentrant sur quatre enjeux majeurs : l'eau, l'école, l'environnement, la santé, et en favorisant les coopérations décentralisées. Les femmes sont aux avant-postes de ces sujets. En Afrique, elles assurent 98 % du travail de la terre, mais bénéficient de 5 % des aides. Il faut revoir les circuits financiers, car souvent les aides n'arrivent pas à leurs destinataires. Aider l'Afrique, ce n'est pas qu'une question de générosité, c'est l'intérêt de l'Europe : le creusement des écarts entre les deux continents provoque des déséquilibres, qui se traduisent notamment par les flux d'immigration actuels. L'Afrique a besoin de notre aide pour assurer un avenir aux jeunes. C'est une utopie réalisable.»
N'est-il pas temps de rompre une bonne fois pour toutes avec la politique africaine de la France ?
DSK«Lorsque j'ai adhéré au Parti socialiste, il y a trente ans, c'était pour défendre d'abord une cause : le développement des pays du Sud. J'y suis plus que jamais fidèle, et cela passe par une politique africaine qui abandonne définitivement les relations clientélistes et colonialistes. Une politique qui repose sur d'autres rapports économiques : je veux que la France respecte ses engagements en faveur de l'aide publique au développement, mais aussi, par exemple, qu'elle s'engage pour que les pays africains aient accès aux médicaments génériques pour lutter contre les pandémies et notamment contre le sida. J'ajoute une dernière dimension qui me tient à coeur : nous avons une responsabilité vis-à-vis de l'autre rive de la Méditerranée. Je l'assumerai.»
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Libénautes - Question2 - Les Retraites
Vaste négociation, contrepartie.
Allez-vous réformer les régimes particuliers de retraite et réduire les avantages de certains régimes très coûteux ?
LF«Nous abrogerons la loi Fillon et soumettrons la question des retraites à une vaste négociation. L'objectif est de garantir la pérennité du financement de nos retraites par répartition et d'assurer un niveau correct des pensions, en tenant compte de la pénibilité des métiers. Les régimes spéciaux feront partie de cette négociation. Mais, dès lors que ces régimes sont le fruit d'un compromis passé avec ces professions, il ne pourra y avoir d'évolution sans contreparties pour les salariés. Négociations et contreparties : c'est ainsi qu'on doit envisager l'évolution des régimes spéciaux.»
Rénover en nogociant et en cohérence - s'attaquer aux problèmes plus profonds
Comptes-tu t'attaquer aux régimes spéciaux qui plombent le régime général ?
SR«Je pense qu'il y a un chantier d'harmonisation à conduire, par la négociation. Il est hors de question de le faire, comme la droite le propose, de façon idéologique : les régimes spéciaux ont une histoire propre, marquée par des luttes de leurs salariés. Je veux respecter cette histoire et regarder la réalité des situations. Et puis je pense qu'il y a dans notre pays des inégalités bien plus criantes, notamment celles qui frappent les femmes et leur très faible niveau de retraite. Mais le problème le plus grave, c'est la dégradation du pouvoir d'achat des petits retraités. Il faut aussi tirer toutes les conséquences de la pénibilité du travail. La droite n'a rien réglé, et a aggravé la situation : baisse des retraites, déficit des régimes. Il faudra remettre l'ouvrage sur le métier. Mais nous le ferons par la négociation.»
Rénover en nogociant et en cohérence - s'attaquer aux problèmes plus profonds
Faut-il aligner les régimes spéciaux sur le régime général ?
DSK«Il ne faut pas traiter le problème des retraites en dissociant les deux régimes : le principe qui doit primer, c'est celui de la solidarité nationale. C'est donc l'ensemble du système qu'il faut remettre à plat. D'abord en revenant sur la loi Fillon, qui ne résout rien à moyen terme et qui est injuste socialement. Ensuite, en prenant enfin en compte, dans le calcul de l'âge de départ à la retraite, la pénibilité du travail, qui se traduit par des différences d'espérance de vie. Là encore, il faudra passer par la négociation et engager des discussions branche par branche avec l'ensemble des partenaires sociaux. Enfin, il ne faut pas oublier de traiter en profondeur deux autres problèmes majeurs : celui de la revalorisation des petites retraites et celui d'une meilleure prise en compte des carrières discontinues, notamment pour les femmes.»
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Libénautes - Question1 - Logement
Que comptez-vous faire contre la spéculation liée au logement ?
LF« L'horizon de notre projet doit permettre le droit au logement opposable. L'Ecosse le fait, pourquoi pas nous ? Nous financerons au moins 120 000 logements sociaux par an et renforcerons les sanctions envers les communes qui refusent la loi SRU. Pour une réelle efficacité, le préfet disposera d'un pouvoir de substitution si le maire en général de droite ne respecte pas les 20 % pour ces logements. Il faudra aussi supprimer les excès du dispositif Robien désormais plus d'aide publique sans contrepartie sociale et appliquer une vraie politique des loyers, notamment par la limitation de l'évolution légale des loyers au niveau de l'inflation et la mise en place du "bouclier logement". Nous encouragerons les petits bailleurs privés : une garantie de percevoir leur loyer en cas de défaillance du locataire, contre des loyers accessibles et plafonnés, mais nous aiderons aussi davantage l'accession à la propriété des plus modestes. Enfin, le système des cautions sera mutualisé et les logements étudiants à prix accessible développés. Je ne sépare pas ces améliorations d'une nouvelle ambition pour nos quartiers.»
Quelles mesures pour réguler les prix de l'immobilier, dans ma région (Paca) notamment ?
SR«Le logement pèse de plus en plus lourd dans le budget des ménages : un tiers du revenu des familles, beaucoup plus dans les grandes villes. Les étudiants rencontrent les pires difficultés pour se loger. La crise du logement nourrit l'exclusion. A chaque occasion, la droite tente de modifier la loi qui oblige les communes à accueillir un minimum de logements sociaux. Il faudra nous battre sur deux fronts : nous manquons de logements, de plus en plus de familles n'ont plus les moyens de se loger. Ainsi, 85 % des constructions nouvelles réalisées en 2005 ne sont pas accessibles à 70 % des ménages à cause de loyers trop élevés. Nous devrons mobiliser le foncier disponible de l'Etat, généraliser les agences foncières régionales, construire 120 000 logements sociaux par an, durcir les sanctions contre les communes qui ne respectent pas la loi. Nous mettrons en place une garantie mutualisée des risques locatifs et revaloriserons les APL. Enfin, l'intégration des énergies renouvelables telles que le solaire permettra de réduire les charges.»
Comment résoudre la crise du logement dans les villes comme Paris, où des salariés à plein temps ne peuvent plus se loger ?
DSK«Le problème majeur que rencontrent les Français aujourd'hui, c'est qu'ils ont de plus en plus de mal à accéder à un logement qui correspond à leurs besoins et à leurs moyens. Pour lutter contre ce phénomène, il faut, d'une part, mettre en place une "couverture logement universel" pour les plus pauvres, pour ceux qui aujourd'hui ne peuvent même pas avoir accès à un logement social tant ils sont touchés par la précarité. Il faut, d'autre part, rendre le logement social aux plus démunis et rendre le logement intermédiaire à ceux qui ne peuvent accéder aux logements sociaux mais qui ne peuvent pas non plus accéder au marché libre. Enfin, il faut mettre en place une véritable adaptation des offres de logement aux changements qui surviennent dans la vie familiale mariage, venue d'un enfant, divorce... ou professionnelle embauche, promotion, licenciement....»
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